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Industrie et transitions, quelles articulations entre travail, emploi, production et innovation ? Une politique industrielle faite d’orientations stratégiques non négociées

mardi 16 mai 2017
Par Karine Guichard, Sylvain Vatan

L’Adees (association de développement des études économiques et sociales), outil économique de la Cgt, a entrepris un travail d’étude de la question des transitions industrielles à partir de l’articulation entre travail, emploi, production et innovation. Réalisé en 2016, ce travail repose sur des monographies et des échanges réalisés avec des responsables syndicaux et des consultants de cabinets d’expertise intervenant auprès de Comités d’Entreprises d’entreprises industrielles.

Transition industrielle et combat syndical

Les orientations stratégiques qui président aux transformations dans l’entreprise restent largement en dehors du champ des négociations. Le travail et les échanges réalisés à l’occasion de cette étude avec les syndicats Cgt se sont traduits concrètement dans leur rapport à la direction, leur rapport aux autres salariés de l’entreprise, et leur rapport aux autres organisations syndicales CGT.

Chez Valeo, le travail réalisé a débouché sur une mise en discussion des éléments de l’étude dans le syndicat, puis à l’Union locale d’Issoire avec d’autres syndicats de l’Union syndicale des travailleurs de la métallurgie. Une note a également été rédigée dans le bulletin de l’Union départementale du Puy-de-Dôme pour sensibiliser sur les transitions à l’œuvre dans l’industrie et le rôle que les syndicats avaient à y jouer.

Chez Stäubli, la participation à la recherche-action a permis aux syndicalistes d’accéder à des informations issues de la presse spécialisée et de rapports d’études portant sur la prospective en matière de robotique et donnant parfois des informations directes sur le site de l’établissement. Ces informations ont permis aux syndicalistes à la fois d’interpeller la direction dans les instances de l’établissement, mais aussi d’aller au contact de certains salariés (notamment ceux de la R&D robotique) particulièrement touchés et intéressés par ces questions de prospective.

Si l’expérience de Stäubli montre que les directions n’informent pas les organisations syndicales sur les grandes orientations stratégiques qu’elles participent à façonner, l’expérience montre cependant qu’avec une plus grande maîtrise de ces sujets, les syndicalistes ont été en mesure de contraindre la direction à partager un certain nombre d’informations stratégiques quant à l’avenir de la robotique. Les syndicalistes ont ainsi découvert une réflexion très aboutie de la direction sur la robotique notamment du point de vue des aspects juridiques.

Au technicentre d’Oullins, le travail a permis d’aider les syndicalistes dans leur compréhension des enjeux qui entourent l’usine du futur. Alors que l’entreprise s’est lancée dans une grande campagne promotionnelle de sa « digitalisation » auprès des salariés (lancement du « journal du futur TI », forum numérique interne d’échange et de propositions sur le programme de digitalisation à l’adresse de l’ensemble des salariés), les responsables syndicaux ont entrepris de travailler eux-mêmes à l’information des salariés à partir des échanges réalisés dans le cadre de l’étude.

D’une façon générale, au technicentre comme dans nombre d’établissements, les évolutions se travaillent et se décident largement en dehors des négociations avec les organisations syndicales. La communication se réalise après coup et à l’adresse de l’ensemble des salariés sans en informer préalablement les représentants des salariés.

Dans le cadre du travail syndical réalisé sur les transformations de la filière matériel de transport sur route, la demande faite par l’organisation syndicale d’inscrire à l’ordre du jour du CCE de Renault Trucks la présentation de l’étude a été pour l’instant refusée par la direction. Alors même que la direction disait vouloir mettre en place des groupes paritaire de réflexion sur les questions d’anticipation quant à l’avenir de l’entreprise et déplorait le manque d’intérêt des organisations syndicales (notamment de la CGT), elle a jusqu’ici refusé que cette discussion ait lieu lors du CCE.

Au-delà des établissements, une menace réelle sur la place des organisations syndicales et sur la cohérence industrielle territoriale

Ce contournement des organisations représentatives des salariés se retrouve en dehors des établissements au-delà des stratégies d’entreprises et concerne les orientations des politiques industrielles territoriales ou nationales.

Si dans le cadre de la mise en place des comités de filière, les organisations représentatives de salariés siégeaient, la plus ou moins grande activité de ces comités et la place stratégique croissante du programme industrie du futur affaiblit la place des organisations syndicales de salariés dans les processus décisionnel. Certes, les organisations syndicales siègent au comité de pilotage de l’Industrie du futur. Mais dans les faits, comme en attestent les ordres du jour et les propos des responsables syndicaux qui y siègent, ces réunions n’ouvrent pas d’espace aux discussions de fonds sur les choix stratégiques et s’apparentent plus à des moments de communication sur les orientations et travaux réalisés en amont par l’Alliance pour l’industrie du futur, en charge de l’orientation opérationnelle du plan.

Cette tendance s’inscrit dans un mouvement d’ensemble de mise sur la touche des organisations syndicales et, plus largement, des organisations représentatives quelles qu’elles soient. Comme en atteste le nouveau SRDEIIde la région Auvergne-RhôneAlpes la volonté affichée, notamment en matière d’aide aux entreprises, est d’être en lien directe avec les entreprises et de répondre aux demandes individuelles des entreprises dans une logique de guichet. Ainsi, les organisations représentatives s’efface derrière un lien direct entre le pouvoir politique et le bénéficiaire de l’aide. c’est avec elle tout le travail de cohérence territoriale des politiques publiques qui risque de s’effacer. En effet, la logique de guichet s’oppose par nature au principe d’organisation et de structuration des cohérences industrielles territoriales. En fondant une politique sur des droits de tirage individuels, la capacité de priorisation, d’impulsion et de structuration sur des objectifs politiques définis apparaît fortement menacé.